Sacrifice au prix de l'amitié
Quand l'amitié atteint l'acmé de sa croissance, la nature elle-même le sent. Les feuilles des arbres frémissement comme si elles prenaient l'attention. La fraternité quant à elle perd son sens puisqu'une amitié bien battue représente la fraternité au carré. Mais jusqu'où peut arriver un sentiment amical ?
Ces idées et questions traînaient dans le cerveau de M. Yao . Un homme né dans une famille recomposée où l'amour et la fraternité étaient aussi rares qu'un serpent à deux têtes.
M. Yao est un homme rempli d'humanisme. Selon lui :« Vivre pour les autres est une règle de la nature. Le soleil ne brille pas pour lui-même et la mer ne mange pas ses poissons ».
Ce samedi-là, dans le village de Koffikro, le soleil était déjà dans sa baignoire qu’est l’ouest de la mer. Quant à Yao, il partait rendre visite à son meilleur ami Kodja comme d'habitude. Ces deux monsieurs ont fait connaissance depuis leur enfance. Ils sont restés proches malgré leur classe sociale différente. En effet, Yao est un homme très prospère dans ces activités entrepreneuriales, contrairement à Kodja qui devait faire des boulots de 10 lions pour joindre les deux bouts. Ils étaient de très bons amis. Yao était toujours disponible à aider son ami de façon financière. C'est ainsi qu'il contribuait activement aux dépenses personnelles de Kodja. Ce dernier en retour lui témoignait gratitude et réconfort immatériel. Les choses devinrent de plus en plus tendues du côté de Kodja au point où il dépendait totalement de son ami. Yao était un homme marié avec deux gosses et Kodja de son côté était célibataire sans enfants. De toute manière, comment quelqu'un qui vit dans la poche d'une autre personne pourrait-il fonder une famille ?
Kodja décida alors de s'adonner à la mendicité, ce que lui déconseilla formellement Yao. Ce dernier lui proposait vainement de venir rester chez lui, mais Kodja était tellement déterminé vis-à-vis de sa décision au point où son ami fut obligé de la respecter.
Des jours passaient, des semaines aussi. Kodja qui avait honte au début de son métier . Cependant, il avait fini par s'habituer. Même étant mendiant, son ami Yao était toujours proche de lui. Il lui apportait souvent de la nourriture et de l'eau. Cela a continué pendant deux mois. Kodja traversait des moments difficiles dans la rue. S'il n'est pas frappé par les gnanbro (brigands : emprunté du NOUSHI), il est sujet de moqueries dans son quartier. Le pauvre est tombé finalement dans une dépression. Il avait honte de lui-même, honte de sa vie, honte de son existence sur terre et surtout honte de son ami qui fait de son mieux pour toujours être présent à son secours. C'est dans cette atmosphère qu'il décidait de rebrousser chemin dans cette vie qu'il qualifiait de « sans dignité ». Matin de bonnes heures, Kodja se rendit dans une forêt près de leur village pour essayer de réfléchir sur comment surmonter les coups de la vie. Il passait des heures dans la forêt et finalement, il s'est endormi. La nuit tombait sans que Kodja s'en rende compte. Une personne d'un caractère étrange, d'une voix non particulière, appela Kodja en tapotant son épaule :
- Eeeh Kodja, que fais-tu ici à cette heure ?
Effrayé, Kodja balbutia :
- Je suis venu réfléchir sur ma vie et qui êtes-vous ?
- Mon identité n'est pas importante. Je te connais, je connais tes problèmes. Je peux t'aider , affirma l'inconnu.
Kodja étonné, observa l'inconnu avec un air à la fois calme et méfiant. Il essaye de bien regarder son interlocuteur, mais la nuit l'en empêchait.
- Tiens, dit l'inconnu en attrapant la main droite de Kodja. Il y posa un oiseau 🐦 et lui dit : cet oiseau est la fin de tes souffrances. À partir d'aujourd'hui, demande tout ce que tu veux à cet oiseau, il te le donnera. Tant que cet oiseau vivra, ta richesse n'aura pas de limite. Mais assure-toi que cette vérité reste entre toi, moi et cette forêt. Dans le cas contraire, tu perdras l'oiseau et tu sais ce que cela signifie. L'inconnu ne laissa même pas le temps à Kodja de parler et s'éloigna de lui, marchand tout droit.
Revenue à la maison avec l'oiseau, Kodja fit exactement ce qu'avait dit l'inconnu. Il demandait tout à l'oiseau et ne disait rien à personne. Un jour passa, un autre suivi, mois après mois et Kodja devenait de plus en plus riche. Il décida d'ouvrir une petite boutique dans son quartier dans l'optique d'éviter les regards suspects et interrogatoires. Il laissait croire qu'il avait construit sa boutique avec l'argent de la mendicité. Mensonge qui a bien triomphé. Kodja quitta le statut d'une honte familiale à une fierté familiale. Il eut plus de parents qu'il en avait avant. Le cousin de la mère du fils de son père l'appelait "Idole" et la dernière de la mère de sa grande mère l'appelait "baba".
Malgré le temps, le changement de statut et le mystère derrière la richesse de Kodja, il restait aussi proche de son ami Yao. Yao savait que cette richesse rapide de son ami-frère regorgeait d'énormes mystères, cependant il se décidait de respecter et croire à la " vérité de Kodja ". Yao et Kodja restèrent ainsi liés par une amitié profonde malgré le secret de la richesse de Kodja. Les années passèrent, et Kodja devint l'homme le plus riche du village.
Toutefois, Yao attrapa une maladie mystérieuse. L’état de santé de ce dernier n'avait cessé de s'aggraver. Les dépenses engagées pour les traitements, les consultations auprès de guérisseurs, charlatans et prêtres n'avaient apporté aucune guérison. Aussi faut-il savoir que la médecine n’y pouvait rien.
Lorsque la situation de Yao atteignit un point critique, la détérioration de sa santé devint telle que sa femme, incapable de supporter cette épreuve, le quitta, emportant avec elle les derniers fragments de stabilité émotionnelle que Yao avait. Sa famille, préoccupée par leurs propres intérêts et inquiets des ressources que la maladie absorbait, l'abandonna également. Seul Kodja, fidèle à son engagement envers son ami, demeura à ses côtés, se sacrifiant pour lui apporter soutien et réconfort dans ces moments de détresse. Kodja, cependant, se trouvait lui-même accablé par une impasse. En dépit de ses efforts désespérés pour soulager la souffrance de Yao, la médecine, les remèdes traditionnels et les prières avaient échoué, laissant Yao dans un état critique. À bout de ressources et désemparé par l'absence de solutions efficaces, Kodja se remémora l'étrange rencontre qu'il avait eu dans la forêt où l'inconnu lui avait offert l'oiseau magique.
Cette forêt, autrefois le lieu de sa promesse de richesse illimitée, était maintenant espérée et perçue comme un dernier espoir dans un moment de désespoir. Kodja se rendit dans cette forêt en quête d'une solution miracle, déterminé à tout essayer pour sauver Yao. Il espérait qu'il pourrait obtenir des réponses ou un nouveau don de la part de l'inconnu qui l'avait aidé par le passé.
Dans un dernier effort désespéré, Kodja pénétra dans la forêt avec la conviction que quelque chose d'extraordinaire pourrait encore être fait pour sauver son ami. Il était prêt à affronter les mystères de ce lieu, convaincu que seul un acte de foi ou un sacrifice ultime pourrait restaurer la santé de Yao.
L’inconnu apparut à nouveau, son visage masqué comme auparavant. Il expliqua à Kodja que la seule façon de sauver Yao était de sacrifier l'oiseau qui était la source de sa richesse. En tuant l'oiseau, Kodja redeviendrait aussi pauvre qu'autrefois, mais Yao retrouverait la santé. Kodja, déchiré entre son désir de sauver son ami et sa propre survie. Le pour et le contre semblaient avoir le même poids, de sorte Kodja avait du mal à se décider. On aurait dit que le OUI et le NON se battaient dans son cerveau. Quelques questions lui passaient par les cheveux : Que çà vos le coup ? À quoi sert cette richesse si je ne suis même pas capable d’aider un autre humain ? De surcroit, quelqu’un qui est de sang différent, mais a toujours été là pour moi ?
Pendant ce temps, l’inconnu l’observait calmement. Finalement le OUI a battu le NON et est sortie. Oui, j’accepte de sacrifier l’oiseau.
Après la mort de l'oiseau, Yao retrouva sa santé, sans connaître le sacrifice que Kodja avait fait pour lui. Les jours passèrent, et Yao, guéri, retrouva son bien-être et sa prospérité financière en moins d'un an, ses affaires reprenant leur cours normal.
Kodja, désormais démuni et sans ressources, se retrouva chez Yao. Il dépendait entièrement de son ancien ami, devenu son hôte. Un jour, dans son sommeil, Kodja reçut une vision lui conseillant de se rendre dans la forêt pour rencontrer une personne importante. Il se retrouva face à l'inconnu, toujours masqué, qui lui demanda des comptes sur ce qui s'était passé depuis la mort de l'oiseau. Kodja raconta toute la vérité : le sacrifice de l'oiseau pour sauver Yao, sa propre ruine, et sa vie actuelle chez Yao. L’inconnu, touché par l'humanité et le dévouement de Kodja, exprima sa compassion et loua son geste altruiste puis ajouta : « le monde serait tous les humains étaient humain comme toi ». Il tendit alors un nouvel oiseau à Kodja, lui assurant que cette fois-ci, sa richesse ne connaîtrait plus de fin. Il lui expliqua que ce don était le reflet de son amour sincère et de son humanisme inébranlable, récompensant son sacrifice désintéressé. Il lui dit qu’il pouvait à présent tout dire à son ami. Kodja, avec une gratitude immense, accepta le nouvel oiseau.
Sous les toits de Koffikro, sa fortune se renouvela et il retrouva la prospérité, mais cette fois avec une richesse presque infinie et une sagesse accrue. Sa vie devint un exemple éclatant de l'amour véritable et du dévouement, prouvant que la véritable richesse réside dans la pureté du cœur et les sacrifices faits pour les autres. Ainsi, la légende de Kodja et Yao se perpétua, illustrant que l’amitié, nourrie par l’amour désintéressé et le sacrifice, emballe la fraternité, transcende toutes les épreuves et récompense les âmes généreuses au-delà de l’imaginable.
Fin
Chers lecteurs, de façon sincère, qu’auriez-vous fait si vous étiez face au même dilemme que Kodja ?
Morale de l’histoire :
La morale de cette histoire est que l'amitié véritable et l'humanisme authentique sont des valeurs précieuses qui transcendent les biens matériels et les avantages personnels. Le sacrifice désintéressé de Kodja pour sauver son ami Yao, même au prix de sa propre richesse, montre que la véritable richesse ne se mesure pas en argent ou en biens matériels, mais dans la capacité à donner sans attendre en retour.
By JUNIOR KOUASSI KOFFI
(Gold Heir Junior)

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